M.O.T.S

| Tout ce que tu as laissé |



Un autre texte ressorti du placard, écrit il y a plus d'un an, à partir du même exercice que précédemment : demander que l'on me donne dix mots et écrire, à partir de ces mots, un texte qui les reprendraient dans le bon ordre. Les mots, les voici : heureusement, vie, formidable, vert, placard, banque, image, fatigue, paix, terrain.


Texte écrit en août 2018. Intégral.


Ils sont beaux, les mots d'amour que tu m'écrivais.

Heureusement, je les ai gardés. J'ai conservé tous tes mots.

Je ne crois pas qu'il me soit déjà venue à l'esprit l'idée de les jeter ?

Non, à aucun moment.


Cette idée ne m'a jamais traversée.


Tes mots font partie de mon monde, désormais.

À présent, tes mots sont mon monde, ma vie et je ne pourrais m'en séparer qu'en la perdant, la vie. Tu inventes mon monde par tes mots.


C'est formidable.


C'est formidable et moi je coule, je continue de couler sous leur poids et sous le poids de l'ineffable existence que je mène.

Je coule depuis le jour où tu es parti et que tes mots ont pris ta place. Ils sont devenus toi et c'est un peu de toi que je retrouve en les lisant.

Je coule, je croule sous le poids du vide que tu as laissé en moi.

Je continue de crouler parce que tu es parti.


Tu es parti comme tu es venu, un matin d'été.

Tu es parti dans le vert matin d'une journée d'été, c'est formidable.

C'est formidable et moi je reste seule, abandonnée, au placard ou mieux, au néant, réduite à néant.


Tous ont remarqué ton absence.

J'ai voulu la cacher, par honte ou par peur, et j'ai échoué.

Ils ont tous remarqué.

L'homme de la banque aussi a remarqué.

J'ai rougi, je crois, rougi de tristesse et de pauvreté. Je voulais qu'il garde de toi l'image d'un homme présent, fort et présent, vivant.

Je voulais qu'il garde de toi l'image d'un homme vivant et j'ai échoué à conserver cette image de toi, ton image.


Crois-tu que je puisse échouer à conserver tes mots ?


Depuis que je coule et que la fatigue a envahi mon corps et mes cellules, je doute.

De moi, je doute.

Je n'ai pas fermé l’œil depuis que tu es parti.

Je garde mes yeux ouverts sur tes mots, de peur qu'ils ne disparaissent à leur tour.


La haine aussi, elle ne me quitte pas.

Plus.

C'est de la haine que j'éprouve envers ceux qui t'ont volé à moi.

Je voudrais les tuer et les tuer encore jusqu'à en être rassasiée.

Je veux me nourrir de cette haine qui me consume et ne plus envisager jamais cette paix qui te tenait tant à cœur et que tu prônais.

Je ne veux plus de cette paix, je refuse la paix.

Je veux être le terrain, le terreau de la haine que tu as laissée en moi par tes mots.

M’ÉCRIRe
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