LA VÉNUS D'ILLE

Mis à jour : août 17

| D’APRÈS LA NOUVELLE DE P. MÉRIMÉE |



Dans la petite ville d'Ille, une Vénus en bronze a été découverte par un collectionneur local, M. de Peyrehorade. Attiré par cette étonnante statue, l'archéologue parisien Henri Prosper se rend à Ille, où l'on s'apprête aussi à célébrer les noces du jeune Alphonse et de Louise de Puygarrig.


Texte écrit en novembre 2014. Extrait de la scène 1.


VÉNUS. On ne s'adresse jamais en vain au cœur de Vénus. Les sanglots et le dépérissement éveillent sa pitié, le dédain et l'indifférence sa colère. Méprisez-la, elle vous méprisera en retour. Adorez-la, elle vous aimera comme jamais vous n'avez été aimé auparavant. Je suis Vénus, au genou de laquelle vous vous prosternerez. Mon culte est sans limites au-delà des frontières du temps et de l'espace, en tous siècles et dans toutes les galaxies. Je suis toute-puissante, née de l'écume de la mer, offerte en hymen au dieu-forgeron, maîtresse de Mars et mère d'Énée. Je suis belle, ô mortels, comme un rêve de pierre. Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour, est fait pour inspirer un amour et une crainte éternels. Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris. J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes, je hais le mouvement qui déplace les lignes, et jamais je ne pleure et jamais je ne ris. Prise au piège du malheureux Dédale, j'attends mon heure sous un masque de bronze. Je ne suis guère plus que le vestige d'un Olympe persécuté et amoindri par les hommes. Laissez-moi vous raconter une histoire, vous, mortels qui m'écoutez. Ouvrez les yeux, tendez l'oreille, votre déesse vous parle. Lorsque Jupiter chassa définitivement les Titans, il installa sur le mont Olympe son trône, ainsi que son cortège de Dieux. Les Dieux furent adorés et craints à la fois, pendant maintes générations. On leur dédiait des temples, des jours, voire des cités. Ils étaient les plus puissantes créatures de l'univers, ils modelaient le monde à leur image. C'est alors qu'intervint le misérable Dédale. Par son art il voulut représenter les Dieux, leur donner forme humaine. Il donna à son invention le doux nom de statue. Mais plutôt que de servir l'Olympe, cet artifice produisit l'effet inverse. Peu à peu, les hommes se détournèrent de la véritable adoration pour ne vénérer plus que leurs idoles de pierre. Ainsi fûmes-nous réduits au néant, à une existence quasi-inanimée, attendant qu'un jeune cœur innocent nous délivre par son amour de la torpeur où nous avaient plongés les fidèles. J'attends, ô mortels. Vous possédez le pouvoir. Alors vénérez-moi, ou bien soyez maudits.

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